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Gènes et AVC

Par : Sylvain Lanthier, neurologue à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal et professeur agrégé au Département de neurosciences Un. de Mtl.

Sylvain Lanthier - Neurologue

 

 

 

 

 

 

 

Qu’est-ce que l’accident vasculaire cérébral (AVC) ? L’AVC est défini par la perte soudaine d’une fonction neurologique. La fonction perdue reflète la région du cerveau qui est affectée. À titre d’exemple, l’atteinte de l’aire motrice primaire du lobe frontal peut entraîner une paralysie. L’atteinte de l’aire visuelle primaire du lobe occipital peut causer une amputation du champ visuel. Il s’agit donc d’un déficit focal et non de la perte globale de toutes les fonctions neurologiques.

Chez un individu avec déficit neurologique soudain et focal, l’examen physique permet d’identifier le déficit et de reconnaître la région du cerveau qui est affectée par un AVC. L’imagerie cérébrale (ex. : résonance magnétique cérébrale) confirme la présence d’un AVC et détermine s’il s’agit d’un AVC hémorragique ou ischémique. L’AVC hémorragique survient lorsque la rupture d’une artère cérébrale cause une hémorragie. L’AVC ischémique survient le plus souvent lorsque l’occlusion d’une artère par un caillot empêche l’apport d’oxygène et de glucose dans une région du cerveau, entraînant un infarctus cérébral.

 

Quel est le rôle de l’hérédité dans l’AVC ? Comme pour plusieurs maladies, l’AVC résulte de l’interaction entre les prédispositions génétiques et des facteurs environnementaux (ex. : tabagisme, alimentation riche en sel et en lipides). Dans l’AVC, le rôle des gènes est variable. Chez une faible proportion d’individus avec maladie monogénique, la mutation sur un seul gène suffit à augmenter significativement le risque d’AVC (ex. : CADASIL, maladie de Fabry, mutations sur les gènes du collagène Col4A1 et Col4A2). Cependant, pour la plupart des AVC, le rôle de la génétique est beaucoup plus complexe. Un très grand nombre de mutations peut n’augmenter que faiblement la susceptibilité à l’AVC (risque polygénique). C’est l’interaction complexe entre plusieurs de ces mutations et des facteurs environnementaux qui conduira ou non à la survenue d’un AVC. Comme les mutations qui prédisposent à l’AVC varient entre les individus, leur étude constitue un défi majeur de recherche, mais d’importantes avancées sont présentement en cours.

On peut soupçonner une prédisposition héréditaire importante chez les individus jeunes au moment d’un AVC ou rapportant une histoire familiale d’AVC à un âge précoce. Les prédispositions génétiques varient aussi selon le sexe et l’origine ethnique (ex. : anémie falciforme).

Plusieurs mutations confèrent donc une susceptibilité plus ou moins marquée à l’AVC. D’autres mutations influencent ses conséquences. En particulier, les gènes peuvent déterminer :

  • La présence des facteurs de risque d’AVC (ex. : hypertension artérielle, diabète, hypercholestérolémie, obésité)
  • L’évolution des facteurs de risque vers les causes d’AVC (ex. : fibrillation auriculaire, artériosclérose, angiopathie amyloïde cérébrale)
  • La propension à élaborer des caillots (état prothrombotique) ou à saigner
  • La réponse aux traitements utilisés pour prévenir l’AVC (ex. : anticoagulants, antihypertenseurs)
  • La sévérité d’un AVC (ex. : résistance au manque d’oxygène et de glucose)
  • La capacité de récupérer (plasticité cérébrale)
  • Le développement de complications post-AVC (ex. : dépression, déclin cognitif).

 

Comment peut-on prévenir l’AVC malgré une prédisposition héréditaire ? Dans tous les cas, la prévention de l’AVC repose sur trois volets :

  • Le contrôle des facteurs de risque d’AVC
  • L’utilisation d’agents antithrombotiques dans l’AVC ischémique ou leur évitement dans l’AVC hémorragique
  • Le traitement des causes d’AVC (ex. : chirurgie de revascularisation dans l’artériosclérose carotidienne). Des traitements sont maintenant disponibles pour pallier un gène défectueux dans certaines maladies monogéniques (ex. : Fabry, déficience en ADA2, anémie falciforme).

 

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Cap sur la ménopause : Hormonothérapie et santé cardiovasculaire des femmes

Céline Fiset, B Pharm, PhD
Catherine Martel, PhD

Par : (de g. à d.) Céline Fiset, B Pharm, PhD1,2 et Catherine Martel, PhD1,3

1Centre de recherche, Institut de Cardiologie de Montréal, Montréal, Québec, Canada  /  2Faculté de Pharmacie, Université de Montréal, Montréal, Québec, Canada  /  3Faculté de Médecine, Université de Montréal, Montréal, Québec, Canada

L’athérosclérose, principale cause des maladies cardiovasculaires, se caractérise par des taux de lipides circulants augmentés, une réponse inflammatoire excessive et une accumulation de cholestérol dans les parois artérielles. Plusieurs facteurs qu’ils soient extrinsèques tels que le mode vie, ou intrinsèques, tels que la génétique, influent sur le risque de développer cette maladie inflammatoire chronique et ses conséquences cliniques aiguës tout au long de la vie. Chez les femmes ménopausées, le risque de maladies cardiovasculaires augmente considérablement. De plus, les femmes âgées de 45-74 ans présentent un risque accru de décès par infarctus aigu du myocarde de 30% par rapport aux hommes. La ménopause marque une transition majeure dans la vie d’une femme, caractérisée par l’arrêt naturel des menstruations et d’importants changements hormonaux, notamment une diminution des taux d’œstrogènes et de progestérone. Cette baisse hormonale peut avoir un impact significatif sur la santé cardiovasculaire. Les œstrogènes, en particulier, jouent un rôle crucial dans le maintien de la fonction vasculaire. Ils favorisent la dilatation des artères, régulent les niveaux de cholestérol et ont des effets anti-inflammatoires sur la paroi vasculaire. Ainsi, la diminution des œstrogènes est à l’origine du risque accru de problèmes cardiovasculaires chez les femmes après la ménopause.

Concernant l’hormonothérapie, aussi appelée thérapie hormonale substitutive (THS), son impact sur le risque cardiovasculaire fait l’objet de recherches continues. Il est important de noter que le moment de début de la THS joue un rôle crucial. Le THS semble réduire le risque d’événements cardiovasculaires indésirables chez les femmes ayant eu une ménopause précoce (avant 45 ans). Par contre, selon les données récentes de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC), les femmes qui commencent un THS combiné 10 ans ou plus après la ménopause présentent un risque accru de problèmes cardiovasculaires, y compris d’accident vasculaire cérébral (AVC), contrairement à celles qui débutent un THS tôt (dans la limite de 10 ans) et la poursuivent. Cependant, bien que le TSH est indiqué pour soulager les symptômes de la ménopause, il n’est pas recommandé pour la prévention des maladies cardiovasculaires, malgré les bénéfices potentiels sur le profil lipidique et la fonction vasculaire.

À la lumière de ces données, il est impératif de surveiller régulièrement la santé cardiovasculaire des femmes pendant la ménopause et de traiter les anomalies modulables, telles que les taux de lipides circulants, si elles surviennent. Les femmes doivent discuter des avantages et des risques de l’hormonothérapie avec leur médecin, en tenant compte de leurs antécédents médicaux et de leur profil de risque cardiovasculaire.

 

Références

  1. J Obstet Gynaecol Can 2021;43(12):1444−1449
  2. Coeur et AVC Canada (https://www.coeuretavc.ca)
  3. Rapport du Système canadien de surveillance des maladies chroniques : Les maladies du cœur au Canada, 2018
  4. S. Preventive Services Task Force, Grossman DC, Curry SJ, et al. Hormone Therapy for the Primary Prevention of Chronic Conditions in Postmenopausal Women: US Preventive Services Task Force Recommendation Statement. JAMA 2017;318:2224–33.7.

Image de Freepik

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